Glossaire Phélib — Les mots essentiels de la phénoménologie libératrice

Glossaire Phélib

Les mots essentiels de la phénoménologie libératrice

Un terme suivi d’un astérisque (terme*) renvoie à une autre entrée du glossaire. Les équivalents tibétains sont donnés en translittération Wylie ; certains, signalés « proposé, à valider », restent à confirmer par l’auteur.

A

Abhidharma : (Tib. (Wylie) : chos mngon pa). L’Abhidharma fait partie de l’enseignement du Bouddha, dont il est la troisième corbeille. Il traite de l’analyse des phénomènes et des processus cognitifs. En ce sens, on peut l’appeler la phénoménologie du Bouddha.

Agrégats : (Skt. skandha, Tib. (Wylie) : phung po et phung po lnga) Syn. : Cinq constituants de l’individualité*, Skandas*. Les cinq éléments insubstantiels dont la combinaison forme la personne* humaine, le sentiment d’individualité et la pensée « je suis » : la forme, les sensations*, les perceptions, les formations karmiques (ou mentales — émotions, volitions, intentions) et la conscience*.

Altruisme : (Tib. (Wylie) : proposé, à valider : gzhan phan, « bénéfice d’autrui »).Le mot altruisme et l’adjectif altruiste s’appliquent aujourd’hui à un comportement animal et humain caractérisé par des acte a priori désintéressés, ne procurant pas d’avantages apparents immédiats à l’individu qui les exécute, mais qui sont bénéfiques à d’autres individus. Ils peuvent favoriser, surtout sur le long terme, un vivre-ensemble harmonieux et une reconnaissance mutuelle au sein du groupe où il est présent, bien que l’altruisme brut soit un acte ne demandant rien en retour. L’altruisme est une qualité de la pleine présence, il se développe sur la base de l’empathie et dans la compassion. D’une façon générale, l’altruisme est le contraire de l’égoïsme.

Attention : (Skt. Smrti, Tib. (Wylie) : dran pa). C’est la capacité de l’esprit à expérimenter une chose d’une façon claire, précise et stable. Dans la pratique de la pleine présence, l’attention n’est pas une concentration dans une tension de l’esprit. Une légère tension, une focalisation sélective est nécessaire au début mais l’attention profonde se développe dans la détente et reste finalement posée sur une unique chose, relâchée et stable, sans se distraire vers d’autres objets de l’esprit (sensations, pensées, émotions, etc.). On peut dire que l’attention est profondément une a-tension, une vigilance lucide, stable et sans tension. Cette “attention à” consiste à “être simplement, pleinement, complètement, présent à”.

A-R-I : Attraction, répulsion, indifférence : les trois réactions fondamentales, souvent qualifiées de « poisons* », par lesquelles nous répondons à une expérience — en la recherchant, en la rejetant ou en l’ignorant.

(Pas d’équivalent tibétain traditionnel : sigle français.)

Auto libération : (Tib. (Wylie) : rang grol) Terme du Dzogchen*, synonyme de « liberté naturelle de l’esprit* » : désigne la libération spontanée des pensées et des émotions dans l’état de présence claire et pure, l’état naturel. Le terme porte une double signification : « cela se libère de soi-même », il s’agit alors d’un processus spontané, et « c’est libre en soi », il s’agit alors de la liberté déjà inhérente à la nature de l’esprit*. Cette approche se distingue des approches graduelles fondées sur un effort* délibéré : dans l’auto-libération, l’esprit* est vu comme étant fondamentalement libre.

B

Bardo : (Skt. : antarabhâva, Tib. (Wylie) : bar do). Entre-deux, intervalle, passage. Les bardos sont les états que la conscience traverse. La succession des bardos constitue le samsâra. Il existe quatre grands bardos : de la naissance à la mort (Tib. (Wylie) : skye shi bar do), du moment de la mort (Tib. (Wylie) : ‘chi kha bar do), de la vacuité (Tib. (Wylie) : chos nyid bar do) et du devenir (Tib. (Wylie) : srid pa bar do) auxquels s’ajoutent le bardo du rêve (Tib. (Wylie) : rmi lam bar do) et le bardo de la méditation (Tib. (Wylie) : bsam gtan bar do).

Base, Voie, Fruit : (Skt. : hetu marga phala ; Tib. (Wylie) : gzhi lam ‘bras bu). Ce sont les trois états de la réalité et de la voie de la réalisation. La phénoménologie de la libération considère d’abord la réalité de la base qui est celle des phénomènes habituels, duels et conflictuels, c’est la réalité du début du cheminement ; puis la réalité de la voie, c’est l’enseignement de la réalité ; et, finalement, la réalité du fruit, la réalité éveillée de la réalisation, non-duelle, absolue, libre d’illusions et harmonieuse. La réalité de la base est relativement vraie et relativement illusoire alors que la réalité du fruit est absolument réelle. La base est le fruit voilé, le fruit est la base dévoilée. Base, voie et fruit sont les étapes du cheminement, de son début à son terme ; étapes au cours desquelles l’éveil et sa transmission, sont respectivement, voilés puis semi-dévoilés et enfin libres de tout voile.

Bodhicitta : (Skt., Tib. (Wylie) : byang chub kyi sems). Synonymes : cœur-esprit éveillé, l’éveil du cœur-esprit. C’est l’attitude d’ouverture du cœur et de l’esprit, l’attitude de bonté orientée vers le bien d’autrui et fondée sur l’amour et la compassion. Elle a deux niveaux : relatif et ultime. Le premier se vit d’abord en aspiration puis en application. Bodhicitta se développe formellement dans le vœu de bodhisattva, l’engagement des vaillants qui ont le courage de s’éveiller.

Bodhisattva : (Skt., Tib. (Wylie) : byang chub sems dpa’) : voir “bodhicitta”.

Bouddha : (Skt. : buddha ; Tib. (Wylie) : sangs rgyas) : le sens du mot bouddha varie selon ses emplois. Le bouddha Shâkyamuni est le bouddha historique, la personne réalisée à l’origine de l’enseignement qui nous est transmis aujourd’hui. La nature de bouddha est la nature fondamentalement bonne et saine de notre esprit que le cheminement spirituel permet de dévoiler. L’état de bouddha est l’état des personnes ayant pleinement réalisé cette nature de bouddha. Bouddha Shâkyamuni (Tib. (Wylie) : sh’akya thub pa), (c. 566-486 ou 559-478 av. J-C), fils du roi Shuddhodana et de la reine Mahâmâyâ, il naquit à Lumbinî et reçut le nom de Siddhartha Gautama. Il est, dans le mahâyâna, considéré comme le quatrième bouddha de notre ère, œuvrant pour le bien des êtres, jusqu’à son parinirvâna, en passant par l’atteinte du plein éveil et la mise en mouvement de la roue de l’enseignement, lequel est encore pleinement transmis aujourd’hui.

C

Chiné : (Tib. (Wylie) : zhi gnas) Voir Shiné-Lhagthong*

Cinq constituants de l’individualité : (Skt. : pañcaskandha, Tib. (Wylie) : phung po lnga). L’ego est une saisie, une polarisation, décrite en cinq constituants ou composants : formes, sensations, perceptions, formations et conscience. Les deux pôles de la polarisation sont le sujet et ses objets, la conscience (Skt. : vijñâna, Tib. (Wylie) : rnam shes) et les formes (Skt. : rûpa, Tib. (Wylie) : gzugs) qu’elle perçoit. La relation de saisie entre les deux pôles se structure dans les sensations (Skt. : vedanâ, Tib. (Wylie) : tshor ba), les perceptions (Skt. : samjñâ, Tib. (Wylie) : ‘du shes) et les formations (Skt. : samskâra, Tib. (Wylie) : ‘du byed).

Cinq éléments : (Skt. : pañcadhâtu, Tib. (Wylie) : khams nga). Les cinq éléments – terre, eau, feu, vent, espace – sont les constituants de tout le cosmos, le monde macrocosmique, microcosmique et relationnel. Ce sont les cinq constituants extérieurs du monde, de l’habitat, et les cinq constituants intérieurs des corps des habitants. Le niveau relationnel, avec ses émotions, se comprend aussi dans l’intelligence des cinq éléments reliés aux cinq familles de bouddhas. Les cinq éléments constituent ainsi le corps, le souffle et l’esprit.

Cinq familles : (Tib. (Wylie) : sangs rgyas rigs lnga ou rigs lnga). Les cinq familles de bouddhas sont les cinq dimensions ou qualités de l’expérience éveillée. Elles se nomment : vajra, ratna, padma, karma et bouddha et sont l’énergie libérée qui, possédée, au niveau habituel, correspond aux cinq grands types d’émotions conflictuelles, respectivement : agression, orgueil, désir, jalousie et stupidité. Dans leur libération, les cinq passions sont transmutées en les cinq expériences premières ou sagesses qui sont celles des cinq familles, respectivement : semblable au miroir, de l’équanimité, du discernement, de l’activité toute accomplissante et du domaine de la réalité.

Cittamâtra : voir Yogâcâra cittamâtra.

Claire lumière : (Skt. : prabhâsvara, Tib. (Wylie) : ‘od gsal). Syn. : nature fondamentale de l’esprit, gnose, expérience première. À la fin du bardo de la mort, tous les êtres font l’expérience de la claire lumière mais les êtres ordinaires ne la reconnaissant pas, sombrent dans une période d’inconscience. Pour une personne ayant de son vivant reconnu et stabilisé la nature de l’esprit, c’est le moment où la claire lumière fille, expérimentée durant la vie, s’unit à la claire lumière mère, fondamentale. C’est alors l’état de bouddha.

Cognition : (Tib. (Wylie) proposé, à valider : shes pa).C’est l’ensemble des processus sensoriels et mentaux se rapportant à la fonction d’expérience et de connaissance. La cognition met en œuvre les cinq sens extérieurs avec le mental, le langage, le raisonnement, l’expérience directe immédiate, la mémoire, l’apprentissage et l’intelligence. En bref, toute expérience vécue est de la cognition. Au sens où nous l’employons, cognition et expérience vécue sont des synonymes. La cognition recouvre ainsi tout le champdes expériences de la conscience et de l’esprit.

Cognition duelle : voir « conscience ».

Compassion : (Skt. : karunâ, Tib. (Wylie) : snying rje). La compassion est l’état en lequel l’on compatit, c’est-à-dire en lequel on participe à la souffrance d’autrui, animé par un profond sentiment de bienveillance ou d’amour altruiste qui entraîne une réaction de solidarité active, voire engagée. La compassion est une amplification de l’empathie dans une motivation active de bienveillance. Elle peut se décliner en trois niveaux : le premier consiste en la capacité de voir l’autre comme “un autre soi-même” ; le deuxième dans la capacité d’échanger “moi” et “l’autre”, se mettant à la place de l’autre pour mieux comprendre la réalité de ses difficultés. La troisième est l’altruisme qui dépasse ses blocages égoïstes pour donner la priorité à l’autre et à l’altérité du bien commun. Compassion et altruisme peuvent être considérés comme synonymes.

Compréhension : (Skt. : prajñâ ; Tib. (Wylie) : shes rab). La compréhension est le troisième élément du triple apprentissage. La compréhension supérieure ou perfection de compréhension (prajnâpâramitâ) est la reconnaissance de la nature de la réalité et de l’esprit. Elle est aussi la sixième vertu qui transforme en perfections les cinq premières.

Conscience : (Skt. : vijñâna, Tib. (Wylie) : rnam shes) La conscience est l’expérience de ­l’esprit habituel, l’illusion duelle. C’est la saisie cognitive. La conscience est l’expérience duelle que le sujet fait d’un objet dans la relation de conception. La conception fait co-naître le sujet et l’objet en interdépendance. Sur la voie, la conscience duelle s’ouvre finalement en gnose ou expérience première à la manière d’une vague surgie de l’océan qui y retourne et s’y fond, comme l’espace contenu dans un pot fusionne avec l’espace total quand le pot disparaît.

Conscience fondamentale : (Skt. : Conscience fondamentale : (Skt. : âlayavijñâna ; Tib. (Wylie) : kun gzhi rnam shes). Elle a deux aspects : comme base, elle est le fondement des illusions* de la conscience* duelle ; comme base, elle est aussi le fondement de la cognition* primordiale. C’est à partir d’elle que se déploient les autres consciences* (les six sens*, le mental* continu*, le mental* perturbant*) ; elle porte la mémoire des actes antérieurs, graines des actes futurs. Sa dissolution révèle sa pureté fondamentale

Conscience mentale continue : (Tib. (Wylie) sems rgyun ; de ma thag pa yid). C’est l’intégration des instants d’expérience des six sens* en un flux apparemment continu — comme les images d’un film qui, projetées à 24 images par seconde, donnent l’impression d’un mouvement continu. Entre deux instants de saisie, il existe des intervalles de suspension, des micro-interruptions, vides de dualité, qui constituent autant de portes d’accès direct au fond non-duel.

Contact : (Skt. sparsa, Tib. (Wylie) : reg pa). Le connaisseur, par les six domaines, entre en contact avec un objet sensoriel. Sur la roue de la vie, le contact est représenté par une flèche atteignant l’œil d’un homme.

Contemplation : (Tib. (Wylie) : mnyam bzhag ; cog bzhag ; sgom pa) C’est « une application de l’esprit* à voir et observer certaines réalités ». Il en existe deux formes. On distingue la contemplation analytique — voir clairement la réalité ou le mode d’être des choses, ce qui permet d’en décrire l’expérience — et la contemplation contemplative, une expérience spirituelle d’ouverture et de dessaisie* cognitive au-delà de la dualité : un état sans pensée, décroché, d’épochè* absolue, associé à l’abandon dans l’espace. Se trouver dans la contemplation, c’est se trouver dans l’état antérieur à la naissance des pensées ; elle permet de vivre les objets* de nos six sens* sans attachement, aversion ni indifférence.

D

Dessaisie : (Tib. (Wylie) proposé, à valider : ‘dzin pa med pa). C’est le lâcher-prise dans lequel on abandonne, on lâche ses saisies et fixations. La dessaisie opère une dépolarisation de la conscience duelle dans l’ouverture relaxée de la présence ouverte. la pratique et l’expérience de la dessaisie constituent le cœur de la pratique de la pleine présence.

Devenir : (Tib. (Wylie) : srid pa) – C’est le dixième des douze facteurs* interdépendants : Il s’agir de l’acte induit par la saisie*, qui s’actualise dans la naissance d’un nouvel état de conscience*, d’une vie consciente. Dit autrement, c’est l’émergence d’un nouvel état de conscience*.

Dévoilement-développement : (Tib. (Wylie) : bsags sbyang) Le développement- dévoilement résume toute la voie, tout le cheminement qui conduit de la base -la conscience duelle- au fruit -l’expérience première non-duelle ou esprit éveillé. Il consiste en le triple apprentissage de la discipline, de la méditation et de la compréhension. Dans le développement-dévoilement, la dissolution des voiles est concomitante au développement de la réalité et des qualités révélées par cette dissolution. Un moins d’illusion est un plus de réalité. Cette dynamique du développement-dévoilement est aussi celle de la vacuité-plénitude en laquelle le vide d’illusions est un plein de réalité. L’absence ou le vide des illusions de la conscience duelle est la plénitude ou la perfection des qualités de l’esprit éveillé. Le vide de dualité – la vacuité – correspond à la plénitude des qualités de non-dualité.

Dharma : (Tib. (Wylie) : chos). Dans son acception la plus courante, c’est l’enseignement du Bouddha, le buddha dharma en sanskrit. On distingue à ce mot, jusqu’à dix sens , dont les trois plus importants sont : l’enseignement, les phénomènes et la réalité en soi. Tous les phénomènes sont des dharmas, des objets de connaissance. Il y a un lien entre l’enseignement, les phénomènes et la réalité. L’enseignement est l’exposition de la réalité des phénomènes, l’explication de ce qu’ils sont et cet enseignement nous amène à la compréhension de cette réalité et sa réalisation vécue dans l’expérience.

Discipline : (Skt. : shila, Tib. (Wylie) : tshul khrims). Premier élément du triple apprentissage et deuxième des six vertus. On distingue différents niveaux de la discipline : extérieur, intérieur, secret et fonda­mental. Ceux-ci sont complémentaires et successifs.

Double développement : (Skt. : divisambhara, sambhara­dvaya, Tib. (Wylie) : tshogs gnyis). Les deux développements sont le développement de vertus ou de bienfaits et le développement de gnose ou d’expérience non-duelle. Ils sont concomitants aux deux dévoilements. Le développement de vertus (Skt. : punyasambhara, Tib. (Wylie) : bsod nams tshogs) est en lien avec la dissolution du voile des passions alors que le développement de gnose (Skt. : jñânasambhara, Tib. (Wylie) : ye shes tshogs) correspond à la dissolution du voile de l’illusion.

Double dévoilement : (Tib. (Wylie) : sgrib sbyang). Les deux dévoilements sont la dissolution du voile de l’illusion duelle et la dissolution du voile des émotions ou passions conflictuelles. Illusions duelles et passions conflictuelles sont interdépendantes : un moins d’illusions duelles est un moins de passions conflictuelles ; et inversement, un plus de passions conflictuelles est un plus d’illusions duelles, de polarité sujet-objet. En outre, moins d’illusion est plus de réalité.

Double non-soi : (Tib. (Wylie) : bdag med pa gnyis). Voir « vacuité ».

Douze éléments : voir « douze facteurs ».

Douze facteurs : (Skt. : dvadasangapratıtya­samutpada ; Tib. (Wylie) : rten ‘brel yen lag bcu gnyis). Ce sont les douze facteurs interdépendants coproduisant le cycle de la conscience. Ils exposent l’apparition de la conscience et de ses expériences avec, dans l’ordre : ignorance, formations kar­miques, conscience, nom et forme, six domaines, contact, sensations, soif, saisie, devenir, naissance puis vieillissement et mort.

Dualité : (Tib. (Wylie) : gnyis ‘dzin ; gzung ‘dzin ). La conscience habituelle* nous fait expérimenter la réalité en mode « moi » et « autre » (Sujet-Objet-Relation – S-O-R*), ce qui produit une relation* d’attraction, d’aversion ou d’indifférence (A-R-I*) et toutes les émotions conflictuelles qui en découlent. On peut dire, en un sens, que la dualité est l’ignorance* elle-même : l’illusion* fondamentale d’une séparation entre sujet et objet*.

Duhkha : (Skt., Tib. (Wylie) : sdug bsngal) Souvent traduit par souffrance, ce terme sanskrit a une signification plus large. En sanskrit, kha signifie la roue et duh a le double sens d’incorrect et de périphérie. Duhkha a plutôt le sens de disharmonie, quand cela ne tourne pas rond, quand on est ballotté sur la jante de la roue, ce qui peut donner mal au cœur. On distingue trois formes de duhkha : le duhkha de la souffrance, le duhkha du changement et le duhkha existentiel, qui imprègne toute expérience duelle et composée. Sukha (skt., Tib. (Wylie) bde ba), est le contraire de duhkha, partant de la même racine kha, la roue, su signifie centre, correct. Sukha est l’harmonie, la joie, la paix dans laquelle tous les duhkha ont cessé.

Dzogchen : (Skt. : mahâsandhi, Tib. (Wylie) : rdzogs chen). La Grande Perfection. Un nom pour l’ultime pratique spirituelle fondée sur la présence d’instantanéité.

E

Effort : (Skt. : Vîrya, Tib. : brtson ‘grus) Il s’agit de la quatrième vertu transcendante qui dans notre contexte est principalement la diligence, la persévérance ou l’assiduité avec laquelle nous nous exerçons à pratiquer la pleine présence.

Ego : (Tib. (Wylie) proposé, à valider : bdag). L’ego, dans notre contexte, est le sentiment ou l’impression d’être un moi-sujet autonome et indépendant. L’ego n’est pas une entité, une chose, mais le résultat d’une opération de saisies cognitives qui génère cette impression d’un moi, d’un sujet expérimentateur qui vit un monde de choses expérimentées. L’ego se structure dans la conscience habituelle et son impression est à l’origine de nos tendances égoïstes.

Émotions : (Tib ??) Les émotions sont des événements du sens interne qu’est le mental. Ce sont des pensées investies d’une charge affective, émotionnelle. On distingue, dans la phénoménologie de la libération, deux grands types d’émotions : d’une part les émotions conflictuelles, duelles et passionnelles et, d’autre part, les émotions de participation, non-duelles et empathiques.

Émotions conflictuelles : (Skt. : klesa, Tib. (Wylie) : nyon mongs pa) Ce sont les émotions qui se vivent dans la dualité, dans le conflit sujet-objet et sont perturbatrices (sens étymologique du sanskrit klesa). Elles sont également conflictuelles car elles perturbent la sérénité, le repos, la félicité qui sont la nature profonde de l’esprit.

Épochè : (Grec anc. : ἐποχή / epokhê). Ce terme signifie littéralement, la suspension ou la mise entre parenthèses. En philosophie antique, il signifie la suspension du jugement, chère aux stoïciens. Husserl, le fondateur du courant phénoménologique moderne réutilise ce terme ancien pour signifier la suspension de toute thèse ou a priori sur le monde et sa structure, pour pouvoir faire une expérience scientifique directe libre de préjugé ou de présupposé quant à son résultat.

Esprit : (Skt. : citta ; Tib. (Wylie) : sems). Esprit est un terme générique se comprenant au niveau habituel et éveillé. L’esprit a deux facettes qui sont deux états d’une même réalité : l’état naturel de l’esprit, la nature de l’esprit, la nature de bouddha ou gnose, et l’état habituel, l’esprit dualiste ou conscience. La gnose est l’état non-duel, libre de voiles et pourvu de nombreuses qualités. La conscience est l’état duel, voilé, conditionné et pourvu de nombreuses souffrances. Le cheminement consiste à découvrir la nature véritable de l’esprit ou gnose, déjà présente en nous, par le développement-dévoilement.

Éternalisme et nihilisme : (Tib. (Wylie) : rtag chad). Ce sont les deux vues philosophiques extrêmes à éviter : croire que les choses sont existantes ou que l’esprit est éternel, c’est leur donner une forme d’existence en soi donc éternelle ; croire que la vacuité est un néant, une absence totale d’existence, c’est nier les phénomènes dans leurs apparences. Les deux sont des vues erronées qui peuvent être plus ou moins subtiles. Certaines écoles de pensée des neurosciences peuvent tomber dans ces deux écueils.

Eudaimonia : (Grec : εὐδαιμονία / Eûdaimônia). C’est un mot grec qui se traduit littéralement par l’état ou la condition d’un “bon esprit”, et qui est traduit généralement par bonheur ou santé. Aristote écrivait que la vie eudémonique est la vie de celui qui a “une activité vertueuse en accord avec la raison”. Les théoriciens grecs anciens considéraient que la vertu est étroitement liée avec le bonheur (aretê est lié à eûdaimônia).

Éveil : (Skt. : bodhi ; Tib. (Wyile) : byang chub) : l’éveil se comprend dans la métaphore le reliant au sommeil. L’éveil est l’état libre du sommeil de l’ignorance et de ses illusions semblables aux rêves. Il est l’état en lequel toutes les impuretés à éliminer ont été complètement purifiées (Tib. (Wylie) : byang ou sangs) et en lequel toutes les qualités à réaliser ont été parfaitement réalisées (Tib. (Wylie) : khong du chub pa ou rgyas) ; c’est ainsi l’éveil, la parfaite purification et réalisation (Tib. (Wylie) : byang chub) ou l’état de bouddha (tib : sangs rgyas).

Expérience première : (Tib. (Wylie) : yes shes). Voir “gnose”.

F

Facteurs formateurs : (Skt. : samskâra, Tib. (Wylie) : ‘du byed). C’est le deuxième facteur interdépendant, L’esprit, sous l’emprise de l’ignorance, tombe sous le coup des pulsions ou impulsions formatrices, de tendances, de prédispositions. C’est ce mot samskâra que l’on traduit parfois par le terme de tendances inconscientes. Elles sont représentées par un potier qui modèle la terre, la matière première, qui lui donne une forme. Cette impulsion formatrice est aussi le karma.

Familles : (Tib. (Wylie) : rigs lnga). Voir “cinq familles”.

Fond universel : (Tib. (Wylie) : kun gzhi) Substrat de la base*, fondement de toute expérience, duelle et non duelle — du samsâra* comme du nirvâna*. Un seul fond, deux expériences : du côté de l’ignorance* (Tib. (Wylie) : ma rig pa), il est la conscience fondamentale*, fond du cycle des existences ; du côté de l’intelligence (rigpa*), il est la gnose* fondamentale (Tib. (Wylie) : kun gzhi ye shes), fond de la réalité éveillée. Nommé aussi dharmakaya*, il est doublement pur : naturellement pur, et pur de tout voile*. Voilé, c’est le samsâra* ; dévoilé, c’est la claire lumière*.

Formes : (Tib. (Wylie) : gzugs). On distingue deux aspects des formes : la forme substantielle, composée des cinq éléments (terre, eau, feu, vent, espace), et la forme imputée ou projetée, qui est une représentation* conceptuelle.

Il s’agit des phénomènes-objets* que sont les expériences externes perçues à travers nos six sens* et les pensées et les émotions au niveau interne.

voir Cinq constituants de l’individualité*.

G

Gnose : (Skt. : jñâna, Tib. (Wylie) : ye shes). Synonymes : intelligence ou expérience non-duelle, première, primordiale, immédiate, éveillée. La gnose est l’état cognitif de l’expérience première, absolue, c’est-à-dire non-duelle ; l’immédiateté primordiale. C’est la nature de l’esprit, l’esprit éveillé, pur. C’est l’expérience d’éveil ; autrement dit, la réalité du fruit, le fruit du cheminement.

H

Huit consciences : Les huit consciences sont : la conscience fondamentale (Skt. : alayavijñâna, Tib. (Wylie) : kun gzhi rnam shes), la conscience mentale perturbée ou individuelle (Skt. : klistamanas, Tib. (Wylie) : nyon yid) et les six consciences correspondant aux différentes facultés sensorielles. Cinq concernent les sens externes : vision, audition, odorat, goût et toucher. Le ­sixième sens est le sens interne, le mental.

I

Ignorance : (Skt. : avidyâ, Tib. (Wylie) : ma rig pa). L’ignorance fondamentale est l’incapacité foncière de l’esprit habituel à connaître sa vraie nature. Le voile de l’ignorance, inhérent à notre existence, est le point de départ de la dualité, la racine de toutes les illusions et la source de toutes les passions et souffrances.C’est en quelque sorte, une “i-gnosance”, absence de gnose, d’expérience première immédiate.

Illusion : (Skt. : bhranti, Tib. (Wylie) : ‘khrul pa). Sous l’emprise de l’ignorance, l’esprit s’engage dans les illusions. La plus fondamentale, racine de toutes les autres, est la saisie duelle en termes de sujet-objet-relation : aux qualités d’ouverture, de clarté et de bonté de l’esprit éveillé se substituent le sujet, l’objet et leurs relations. C’est ce qu’on nomme le voile de la propension fondamentale ou de l’illusion.

Impermanence : (Tib. (Wylie) : mi rtag pa). L’impermanence est une réalité universelle, la pre­mière des caractéristiques de l’enseignement du Bouddha : “Tout ce qui est composé se décompose.” Notre précieuse existence humaine est transitoire, de même que tous les phénomènes du monde macrocosmique et microcosmique. Que ce soit au fil des cycles cosmiques, des ères, des années, des saisons, des alternances diurnes et noc­turnes ou d’instant en instant, rien n’est stable, fixe ou permanent. Le monde est un réseau hyper complexe d’événements en perpétuelle interaction et en perpétuel changement. La compréhension de la réalité de la mort et de l’impermanence est la deuxième des quatre notions fondamentales, l’aiguillon qui nous dirige vers l’essentiel dès maintenant.

Incorporation : Par incorporation, on entend “faire corps” avec l’expérience sensorielle de la totalité. La pleine présence ne vise pas pas à développer des états de conscience plus ou moins éthérés, mais à vivre une expérience incorporée en laquelle on “fait corps” avec son corps physique et le corps de l’expérience dans un état de complète ouverture. Il s’agit de faire corps avec le présent, la réalité de l’instant.

Instantanéité : Tib. ?? (voir « présence instantanée ».

Intégration : (Tib. (Wylie) proposé, à valider : lam khyer). La pratique de l’intégration est l’incorporation des pra­tiques et expériences d’éveil dans la vie quotidienne. En particulier, c’est l’intégration des trois dimensions de l’intelligence première ou ­gnose : l’ouverture, la clarté et la bonté, dans toutes les circonstances de la vie. Elle consiste à cultiver l’état de présence qu’est l’observateur abstrait ou observateur absent1.

Interdépendance : (Tib. (Wylie) : rten ‘brel ). (Synonyme : “vacuité”). Tous les éléments de la nature sont en interdépendance et existent dans différentes formes de dépendances mutuelles aux niveaux physique, cognitif ou logique. Ainsi, tous les phénomènes sont interdépendants que ce soient les objets physiques, les sensations, les perceptions, la pensée et la conscience. Particulièrement, dans la prise de conscience, la “conscience de”, le sujet observateur et l’objet observé existent en dépendance mutuelle. L’interdépendance universelle a pour corollaire que rien n’existe de façon indépendante.

K

Karma : (Skt., Tib. (Wylie) : las). Karma a le sens d’action. C’est la causalité en laquelle une cause engendre un effet, une graine semée produit un fruit. Les activités de la conscience duelle génèrent des em­preintes, des impressions qui subsistent dans la conscience profonde ou conscience fondamentale ; ces impressions s’expriment ensuite comme tendances ou propensions dualistes qui forment et condi­tionnent la conscience duelle, “moi et mon monde”. Ainsi le karma met en forme, “informe” la conscience duelle dans ses trois dimensions de sujet-objet-relation. Il est le créateur de toutes les expé­riences que la conscience vit. On distingue trois types de karmas souillés : le karma positif, négatif et d’immobilité. Parmi ces types de karmas, on différencie encore le karma inducteur du karma complémentaire et enfin le karma individuel du karma collectif.

L

Lhagthong : (Skt. vipasyanâ, Wylie : lhag mthong). C’est la vision profonde ou pénétrante, pratique contemplative qui suit, accompagne ou parfois précède la pratique de samatha, l’apaisement mental. Le rôle de lhagthong est de donner accès à la compréhension directe, dans l’expérience, de la nature des phénomènes.

Loka(s) : voir Six mondes*

M

Madhyamaka : (Tib. (Wylie) : dbu ma pa) les madhyamika, tenants de la Voie du Milieu (sens du mot en sanskrit) sont une école du Mahâyâna, autrement appelée voie universelle, enseignent que tout objet de connaissance est vide d’existence inhérente.

Mahâmudrâ : (Skt., Tib. (Wylie) : phyag rgya chen po). Grande union, Grand sceau, Grand symbole. Un nom de l’ultime pratique spirituelle fondée sur la présence d’instantanéité.

Mahamudra-Dzogchen (Tib. (Wylie) : phyag rdzogs). Le Mahâmudrâ* et le Dzogchen* sont le cœur de l’enseignement et la quintessence du Dharma* : ils expriment l’expérience de la non-dualité, la nature fondamentale* de l’esprit*. Leurs noms se traduisent respectivement par « Grande Union* » et « Grande Perfection » ; ils désignent les ultimes pratiques méditatives fondées sur la présence d’instantanéité*, ainsi que l’état de Présence Absolue, de plénitude et de perfection, au-delà de toute dualité.

voir Mahâmudrâ* et Dzogchen*

Mandala : (Skt., Tib. (Wylie) : dkyil ‘khor). Le mandala est une structure ou système cognitif symbolique dont la pratique intègre et trans­forme l’expérience. Le mandala est la matrice cognitive en laquelle la conscience duelle se transmute en cognition primordiale par la libération de la saisie.

Marigpa : voir Ignorance*

Méditation : Dans le contexte occidental, le terme méditation revêt généralement le sens de réflexion profonde. Utilisé dans un contexte oriental et dans le contexte de la phénoménologie de la libération, ce mot désigne davantage un état d’observation ou de contemplation. La pratique de la pleine présence, dans ses qualités d’attention, d’ouverture et de bienveillance est la méditation fondamentale.

Mental : (Skt. manas, Tib. (Wylie) : yid). Dans la phénoménologie de la pleine présence, le mental constitue le sens interne (les sens externes sont les cinq sens). Le mental est particulièrement important car c’est avec lui que nous pensons, comprenons, interprétons et ressentons attraction, répulsion ou indifférence envers les autres objets des sens. Le sens mental est associé à la conception et aux représentations. La pratique de la pleine présence aide à nous libérer des saisies et représentations illusoires du mental en revenant à l’expérience première : l’état de clarté, ouvert et libre de saisie.

N

Nature absolue (NA) (Pas de terme tibétain unique mais équivaut explicitement à l’ainsité, (Tib. (Wylie) : de bzhin nyid ; Skt. : tathatâ), et à la nature de bouddha*, (Tib. (Wylie) : de bzhing gshegs pa’i snying po; Skt. : tathâgatagarbha)* : L’absolu est ce qui ne dépend de rien d’autre — qui est donc sans autre, non duel et donc omniprésent. La nature absolue est ainsi l’omniprésence non duelle : Omniprésence = Non-dualité = Absolu = Nature Absolue. Dans le Dharma*, cette nature omniprésente est nommée nature de bouddha*. Elle a trois dimensions — Ouverture, Clarté, Bonté (O-C-B*) — et transcende le temps, l’espace et tout concept dualiste ; non reconnue, elle laisse place au sujet-objet-relation (S-O-R*) et aux trois poisons*

Nature de bouddha : (Skt. : tathâgatagarbha, Tib. (Wylie) : de bzhing gshegs pa’i snying po). La nature de bouddha est la nature de l’esprit, la gnose, la bonté fondamentale présente en chacun de nous et que le cheminement spirituel permet progressivement de dévoiler jusqu’à la parfaite réalisation.

Nature de l’esprit : (Tib. (Wylie) : proposé, à valider : sems nyid). Voir « gnose », « esprit » et « nature de bouddha ».

Nature fondamentale : Syn. : esprit* éveillé*, nature de bouddha*, nature de l’esprit*. Voir Nature absolue*.

Nihilisme : (Tib. proposé: chad lta — en cohérence avec rtag chad, Éternalisme et nihilisme*). Voir « éternalisme et nihilisme »

Nirvâna : (Skt., Tib. (Wylie) : mya ngan las ‘das pa). Le nirvâna est l’état de bouddha, l’état des êtres éveillés.

Nom et forme : (Skt. : nâmarûpa, Tib. : ming gzugs). Un individu est composé de deux pôles, un pôle essentiel, le nom et un pôle formel, la forme. le nom c’est le “moi”, l’habitant et la forme c’est l’enveloppe. La conscience duelle, à cette étape devient discriminante en isolant des formes et nommante en leur attribuant un nom. Sur la représentation de la roue de la vie, nom et forme sont représentés par deux hommes dans une barque.

Non-attachement : (Tib. (Wylie) proposé, à valider : ‘dod chags med pa ou chags med pa ). Synonyme : non-fixation, non-saisie. Le non-attachement est ce qui nous permet de nous engager vraiment dans le cheminement spirituel. Il ne s’agit pas d’une attitude de rejet, mais d’une liberté d’attachements, liberté des saisies et entraves qui nous possèdent.

Non-dualité : (Tib. (Wylie) proposé: gnyis med). Par non-dualité, nous entendons l’expérience d’incorporation absolue transcendant la séparation entre sujet et objet, observateur et observé. c’est l’expérience de complétude et de perfection absolue.

Non-soi : (Tib. (Wylie) : bdag med) voir “vacuité”

O

Objet : (Tib. proposé: yul , chos can).

Les phénomènes-objets que sont les pensées, les émotions au niveau interne, et les expériences externes perçues à travers les six sens*. Voir aussi Formes* et Sujet-Objet-Relation*.

Octuple sentier : (Tib. proposé, à valider — ‘phags lam yan lag brgyad) : Les huit branches de la voie, énoncées dans la quatrième des nobles réalités du premier cycle d’enseignement (hînayâna*), organisées en trois groupes correspondant au triple apprentissage* : la vue juste et la pensée juste (vision, compréhension*) ; la parole juste, l’action juste et les moyens d’existence justes (action, discipline*) ; l’effort juste, l’attention juste et l’expérience profonde juste (méditation*). Le cours de phénoménologie les met en correspondance avec les six vertus transcendantes*.

Ouverture-Clarté-Bonté (O-C-B) : ce sont les trois dimensions de l’esprit éveillé.

Ouverture sensorielle : C’est l’ouverture des sens qui correspond à une sensorialité pleine, qui ne se perd pas dans les projections* : une réceptivité, une disponibilité, une sensibilité maximales, vécues dans la suspension de soi*. Cette suspension amène une hyper-vigilance et une hyper-sensibilité.

(Pas d’équivalent tibétain identifié)

P

Personne : (Skt. : pudgala, Tib. (Wylie) : gang zag). La personne est individuelle lorsque sa réalité est celle de la conscience habituelle. Elle est alors constituée d’un corps, d’une parole et d’un esprit habituels et vit l’ensemble de ses expériences en mode duel, sujet-objet-relation. La personne devient authentique et éveillée lorsque les corps, parole-souffle et esprit habituels deviennent les corps, parole-souffle, esprit éveillés. Leur intégration est celle de l’ouverture, de la clarté et de la bonté.

Phénomène : (Skt. : dharma, Tib. (Wylie) : chos). Dans la perspective de la phénoménologie de la libération, un phénomène est “la fonction cognitive qui saisit ce qu’elle est” (Tib. (Wyile) : rang gi ngo bo ‘dzing pa’i don), c’est-à-dire que le phénomène est la saisie concomitante d’un objet de cognition et d’une fonction cognitive qui s’auto-saisit comme sujet de l’expérience. Un phénomène se vit nécessairement dans la dualité sujet-objet-relation (S-O-R).

Phénoménologie : (Tib. (Wylie) : chos mngon pa) (du grec φαινόμενον / phainómenon, « ce qui apparaît », et λόγος / lógos, « étude »). La phénoménologie est un courant de pensée philosophique qui a pour objet de faire de la philosophie une discipline empirique. Son but est d’appréhender la réalité telle qu’elle se donne, à travers les phénomènes. Elle fait de la philosophie l’étude systématique et l’analyse de l’expérience vécue, des contenus de conscience et des structures des faits de conscience comme étant eux-mêmes des phénomènes de la pensée qui se pense elle-même et pense le monde. On trouve des précurseurs de la phénoménologie dans la philosophie grecque, mais c’est Hegel qui invente le terme avec son livre : La phénoménologie de l’esprit (1807), et c’est Husserl, en 1901, qui crée le courant phénoménologique moderne qui perdure encore de nos jours. L’Abhidharma est considéré par de nombreux philosophe comme un courant oriental de la phénoménologie, à la fois original et complet.

Polarisation : dans le cadre de la phénoménologie de la libération, on utilise la notion de polarisation par analogie avec les deux pôles, plus et moins, d’une polarisation électromagnétique. Dans cette analogie, la conscience habituelle est une polarisation au sens où la conscience de quelque chose est l’émergence simultanée et interdépendante des deux pôles de la dualité que sont le sujet et l’objet. Ces deux pôles se positionnent l’un par rapport à l’autre dans la saisie cognitive. L’intensité des deux pôles sujet et objet est proportionnelle à celle de la polarisation qu’est la saisie cognitive. C’est ainsi que le sujet existe proportionnellement à l’intensité de sa fixation sur ses objets. Dit autrement, le sujet et ses objets sont proportionnels à l’intensité de la prise ou saisie de la conscience.

Pleine conscience (Tib. (Wylie) : dran pa). La pleine conscience se situe encore dans la dualité : c’est la vigilance pleinement consciente de ses actes, de ses agissements, se comportant dans l’intelligence du karma* en pleine conscience — sa dimension la plus extérieure. Cette terminologie ne rend compte que de la qualité la plus extérieure de dran pa, terme polysémique (« avoir présent à l’esprit », « se rappeler », « se souvenir », « être présent »…). Elle implique structurellement un rapport duel : un « moi » observateur qui s’efforce de surveiller un objet, s’enfermant dans la dualité sujet-objet (SOR). Elle se distingue ainsi de la pleine présence*, dont elle constitue un premier niveau.

Pleine Présence (tib. (Wylie) : dran pa) Utre traduction du tibétain dran pa également traduit par « pleine conscience » (rendu courant de l’anglais mindfulness, lui-même traduction du pali sati / sanskrit smṛti). Ce choix terminologique est délibéré : la conscience est par nature duelle et polarisée (sujet-objet), tandis que la présence, terme plus vaste, recouvre à la fois la présence duelle (conscience ordinaire) et la présence non duelle (cognition primordiale, yeshe) vers laquelle mène la méditation. Dotée de trois qualités indissociables — attention, ouverture, altruisme —, elle rompt avec l’approche individualiste et thérapeutique de la mindfulness mainstream (MBSR) pour s’inscrire dans la transmission du Mahāmudrā et du Dzogchen.

Présence d’absence : La présence d’absence est l’état de présence dans lequel le sujet est absent. La pleine présence est inversement proportionnelle à la présence du sujet. Il n’y a, fondamentalement, pleine présence, présence pleine, qu’en l’absence du sujet témoin qu’est l’observateur. C’est la présence d’absence. Ainsi, comme synonyme, nous pourrions dire « présence vide de sujet » ou même « esprit vide de sujet et d’objet », de l’anglais mind emptiness. On s’entraîne progressivement à la présence d’absence par la pratique de l’observateur abstrait (voir la méthode d’apprentissage de la présence attentive et ouverte).

Présence instantanée : (Tib. (Wylie) : da ltar gui shes pa) C’est l’état de suspension de la saisie cognitive dans lequel on fait corps, un non-deux avec l’instant présent. L’état de présence d’instantanéité est aussi celui de la présence d’absence et celui de la suspension de soi dans l’instant présent, qui devient un temps d’éternité. Comme dans l’expérience que suggère Lamartine sur le lac du Bourget : « Ô temps, suspends ton vol ! » C’est parce que la pleine présence est présence d’instantanéité que l’on peut dire qu’elle est une expérience atemporelle.

Projection : (Tib. (Wylie) : spros pa). Synonyme d’élaboration, de complexité. Il s’agit d’une opération conceptuelle qui saisit les caractéristiques qui constituent le phénomène et se le représente ensuite en projetant ses propres conditionnements ou empreintes karmiques. Voir Représentation*

Q

Quatre méditations fondamentales : (Tib. (Wylie) : blo ldog rnam bzhi) : elles sont l’intelligence de réalités fondamentales, les prises de conscience nécessaires pour s’engager sur la voie et cheminer : 1) du sens de la vie et de toutes les conditions favorables à la pratique de la voie 2) de l’impermanence et de la mort 3) de la causalité karmique 4) du caractère insatisfaisant des existences conditionnées.

R

Réalité : (Skt. : dharmatâ, Tib. (Wylie) : chos nyid) La réalité est double : relative et absolue. Toutes les expériences habituelles sont des expériences de la réalité relative alors que l’état de bouddha, l’éveil, la gnose* est le niveau de la réalité ultime. La réalité relative est relativement vraie (telle que nous l’expérimentons) et relativement illusoire (car nous y sommes victimes de nos illusions) alors que la réalité absolue est définitivement réelle ou vraie. L’enseignement du Bouddha ou dharma est l’enseignement de réalité parce qu’il expose les modalités de la réalité, l’existence de la réalité absolue (la réalité de ce que nous sommes fondamentalement), et le moyen de la réaliser.

Réification : La réification (du latin res, rei : “chose”) consiste à réifier, c’est-à-dire à donner des caractéristiques en apparence solides ou transformer en chose ce qui ne l’est pas. Le processus cognitif de réification consiste à donner une apparence de solidité, d’autonomie et d’existence propre aux deux pôles sujet et objets.

Représentation : (Tib. (Wylie) : proposé : spros pa). La représentation est l’idée mentale, ou l’image mentale que l’on se fait à la fois de la réalité que l’on expérimente et, par effet miroir, du sujet qui en fait l’expérience. Avant la représentation, il y a le présent instantané, la réalité telle qu’elle se présente dans l’instantanéité immédiate. C’est l’expérience première. Le processus de conceptualisation, de représentations mentales, surimpose à l’expérience première des représentations qui constituent notre monde habituel, virtuel. Les représentations mentales interprètent le présent, comme la carte interprète le terrain.

Roue de la vie : voir samsâra.

S

Saisie cognitive : (Tib. (Wylie) : gnyis ‘dzin). C’est le processus cognitif sous-jacent à la conscience duelle. Dans la saisie cognitive, saisisseur-sujet et saisi-objet se posent l’un par rapport à l’autre dans la polarisation constitutive de la conscience habituelle. Dans cette opération, la saisie cognitive “projette” l’objet et “introjette” le sujet simultanément. Cette saisie est ce qui nous fait expérimenter la dualité de la conscience habituelle.

Samadhi : (Skt. : samâdhi ; Tib. (Wylie) : ting nge ‘dzin). État profond d’absorption, d’extase, de recueillement : une expérience profonde de non-référence, un état de non-conception dans lequel « concepteur, conçu et conception » sont inséparables, non deux.

Samsâra : (Skt., Tib. (Wylie) : ‘khor ba). Le samsâra est la roue de l’existence (ou roue de la vie) qui comprend les six états d’existence ou six lokas. Ce sont les six principaux états en lesquels la conscience transmigre. Le samsâra émerge dans l’enchaînement de facteurs qui coproduisent en interdépendance l’illusion séparatrice qu’est la conscience duelle. Ces facteurs sont au nombre de douze et dé­crivent les étapes d’émergence de la conscience (moi et mon ­monde) lors d’un instant de conscience, lors d’une vie ou sur plusieurs vies. Inversement, le samsâra se dissout lorsque la conscience se dissout en la claire lumière. Mais cette illumination, cette extinction de l’illusion, ne dure qu’un temps si les empreintes karmiques ne sont pas totalement épuisées. La dissolution du samsâra en nirvâna, de la conscience duelle en la cognition primordiale, se réalise dans le développement-dévoilement jusqu’au grand épuisement, la fin de l’illusion.

Sensation : (Skt. : vedanâ, Tib. (Wylie) : tshor ba) Le contact avec les objets des six domaines sensoriels génère une sensation. Sur la roue de la vie, la sensation est représentée par un homme et une femme enlacés.

Shiné-Lhagthong : (Skt. : Samatha-vipasyanâ, Tib. (Wylie) : zhi gnas lhag mthong). Shiné est la pratique de la tranquillité de l’esprit. Elle apprend à rester tranquille, dans un état où les pensées et les émotions s’apaisent naturellement ; l’esprit y reste posé sans distraction. Lhagthong est la pratique de la claire vision ou vision supérieure qui amène à faire reconnaître la nature de l’esprit. L’esprit se reconnaissant lui-même accède alors à l’expérience de Mahâmudrâ.

Six consciences : (Tib. (Wylie) : brten pa rnam shes kyi khams drug) Les six consciences sont les six ensembles dans lesquels se développent les six sens, en dépendance aux six facultés sensorielles. On a la conscience visuelle (Tib. (Wylie) : mig gi rnams shes), la conscience auditive (Tib. (Wylie) : rna ba’i rnam shes), la conscience olfactive (Tib. (Wylie) : sna ba’i rnam shes), la conscience du corps, ou conscience tactile (Tib. (Wylie) : lus kyi rnam shes), la conscience gustative (Tib. (Wylie) : lce yi rnam shes) et la conscience mentale (Tib. (Wylie) : yid kyi rnam shes).

Six domaines : (Skt. Sadâyatana, Tib. (Wylie) : skye mched drug). C’est le domaine dans lequel quelque chose naît et se développe. Ce sont les six domaines sensoriels dans lesquels cette entité nom et forme (nâmarûpa) va exister. Dans la roue de la vie, ils sont représentés par une maison à six fenêtres dans laquelle la conscience peut regarder.

Six mondes : (Tib. (Wylie) : ‘jig rten gyi khams drug). syn : six lokas, six états d’existence, six domaines de la conscience. Les six mondes sont caractérisés par les six passions. Les trois mondes inférieurs sont : les états infernaux (Skt. : naraka, niraya, Tib. (Wylie) : dmyal ba) caractérisés par la colère-haine, les états d’esprit avide (Skt. : preta, Tib. (Wylie) : yi dvags) caractérisés par l’avidité-frustration, les états animaux (Skt. : tiryak, Tib. (Wylie) : dud ‘gro) caractérisés par la bêtise-stupidité. Les états supérieurs sont également trois : les états humains caractérisés par le désir-attachement, les états des dieux jaloux (Skt. : asura, Tib. (Wylie) : lha ma yin) caractérisés par la jalousie-agressivité et les états divins (Skt. : deva, Tib. : lha) caractérisés par la suffisance-orgueil.

Six sens : Aux cinq sens externes que sont la vue, l’ouïe, l’odorat,le goût et toucher, s’ajoute un sens interne, le mental, dont les objets sont les pensées, les images mentales et les émotions, c’est-à-dire tous les phénomènes mentaux.

Six vertus : (Tib. (Wylie) : (pha rol tu phyin pa drug)). Le don (générosité), la discipline*, la patience, l’effort*, la méditation* (stabilité) et la compréhension* ; On parle aussi de six perfections. Voir Vertu*.

Skandas : Voir Agrégats* et Cinq constituants de l’individualité*

Soi : (Tib. (Wylie) : bdag, Skt : âtman). Soi, ego*, moi et je sont des synonymes contextuels d’un même terme traditionnel — bdag en tibétain, âtman en sanskrit — qui désigne une entité saisie comme étant monolithique, indépendante et autosuffisante. Le soi de la personne* (sujet) et le soi des phénomènes (objets*) sont les deux pôles réifiés par la saisie cognitive*.

Le soi de la personne* (voir Ego*) correspond à l’expérience d’une entité autonome et indépendante — voir Cinq constituants de l’individualité*. Le soi, dans ses projections*, restreint la sensorialité et empêche l’ouverture.

Soif : (Skt. : trsnâ, Tib. (Wylie) : sred pa). L’expérience née de la sensation va générer une impulsion à soit rejeter (répulsion), soit perpétuer (attraction), soit ignorer (indifférence) l’expérience qui est en cours de constitution. Sur la roue de la vie, la soif est représentée par un homme qui boit.

Souffle : (Tib. (Wylie) : rlung). Dans le contexte de la phénoménologie de la libération, la notion de souffle va bien au-delà de la seule respiration. Le souffle est une position intermédiaire entre le corps et l’esprit et interagit avec les deux. Il y a une interdépendance entre corps-souffle-esprit. Dans la perspective du yoga, le souffle est “souffle-énergie” qui anime notre corps et notre esprit. Les différentes pratiques yogiques et les différents entraînements à la pleine présence vont utiliser cette interaction ou interdépendance entre le corps, le souffle et l’esprit : elles agissent sur l’esprit par le corps, via le souffle et sur le corps par l’esprit, via le souffle, pour aller vers l’harmonie des trois et vers un équilibre qui est santé et bonheur.

Substrat omniprésent : Voir Fond Universel*

Sujet-Objet-Relation, (S-O-R) : Sujet, objet et relation sont les trois termes interdépendants et simultanés de la conscience duelle. Ces trois dimensions émergent et se composent dans la conception qui leur donne naissance. Sujet, objet, relation libérés deviennent les trois qualités de l’esprit éveillé, ouverture- clarté-bonté (O-C-B).

Sukha : voir duhkha.

T

Transmutation : C’est le passage de l’état duel de la conscience à un état non duel. Il s’agit d’une transformation effectuée dans la dessaisie avec la pierre philosophale qu’est Boddhicita dans ses deux dimensions. C’est le mouvement même de la voie : la même « base » (le fond universel, kun gzhi) change de nature, non de substance — un peu comme l’or reste l’or, qu’il soit caché dans sa gangue de boue ou révélé dans sa pureté.

Trekcheu : (Tib. (Wylie): khregs chod, « trekchö »). Signifie littéralement « suspension de la solidité » : la suspension de la réification des pôles sujet-objet*. Ce terme désigne, dans le Dzogchen*, l’une des approches de l’état de présence non duel, aux côtés de rang bab (« être suspendu ») et de tha mal gyi shepa (« expérience ordinaire fondamentale ») ; il rejoint la notion occidentale d’épochè*, la suspension du jugement, jusqu’à la suspension radicale de soi*.

Triple apprentissage : (Tib. (Wylie) : bslab pa gsum) La voie du développement-dévoilement est un entraînement à l’éveil, l’intégration de son expérience dans un triple apprentissage à : la discipline, shîla (Skt., Tib : tshul khrims), l’expérience profonde, samâdhi (Skt., Tib. (Wylie) : ting nge ‘dzin), encore nommée méditation ou contemplation et la compréhension, prajñâ (Skt., Tib. (Wylie) : shes rab), encore nommée intelligence ou connaissance. Le triple apprentissage correspond terme à terme (mais en sens inverse) aux trois dimensions de la voie : vision, méditation et action ; la vision correspondant à la compréhension, la méditation à l’expérience profonde et l’action à la discipline.

Trois poisons : (Tib. (Wylie) : dug gsum).Ce sont les trois types de relations duelles entre sujet et objet : l’attraction (A) (relation positive), la répulsion (R) (relation négative) et l’indifférence (I) (relation neutre). De ces trois poisons (A-R-I) procèdent les six passions des six mondes*. De l’attraction procèdent le désir-attachement et l’avidité-frustration, de la répulsion procèdent la colère-haine et la jalousie-agressivité, de l’indifférence procèdent la bêtise-stupidité ainsi que la suffisance-orgueil.

V

Vacuité : (Skt. Sûnyatâ, Tib. (Wylie) : stong pa nyid). La vacuité est le vide d’illusion, l’interdépendance ou le double non-soi, c’est-à-dire, l’absence de soi autonome, indépendant, dans la personne, le sujet, et dans les objets, toutes les expériences. Les sois, entités du sujet ou des objets, sont des illusions émergeant dans l’interaction des douze facteurs interdépendants. La vacuité se dit aussi comme l’absence de nature propre de tout phénomène, sujet ou objet. C’est encore le vide de dualité qui est plénitude de la réalité éveillée, l’ainsité.

Vajrayâna : (Skt., Tib. (Wylie) : rdo rje theg pa). Syn : voie vajra, voie adamantine ou voie des mantras. Elle est la voie de la transmutation des illusions et des passions. Leurs énergies duelles et conflictu­elles sont libérées et transmutées en qualités éveillées. La voie du vajrayâna comprend de nombreux yogas : du lama, de la déité, des canaux, souffles et gouttes essentielles.

Vertu : (Tib. (Wylie) : dge ba ou pha rol tu phyin pa). Dans notre contexte, la vertu est ce qui apporte le bonheur, l’harmonie et qui est positif en ce sens. Tout ce qui développe harmonie et bonheur est vertueux.

En particulier, dans le Dharma, on compte six vertus essentielles qui constituent la base de la pratique de la Voie Universelle. Elles sont “ce qui est allé de l’autre côté” et aussi “ce qui nous permet d’aller de l’autre côté” des illusions et des souffrances de l’existence conditionnée. On les appelle donc les 6 paramitas (Skt.), ou six perfections (Tib. (Wylie) : pha rol tu phyin pa drug).

Ces six perfections sont : la générosité (Skt. : dana, Tib. (Wylie) : sbyin pa), la discipline éthique (Skt. : shila, Tib. (Wylie) : tshul khrims), la patience (Skt. : ksanti, bzod pa), la diligence (Skt. : virya, Tib. (Wylie) : brtson ‘grus), l’absorption méditative (Skt. : dhyana, Tib. (Wylie) : bsam gtan) et la connaissance transcendante (Skt. : prajña, Tib. : shes rab)

Vision panoramique : C’est un élément fondamental de la méthode d’apprentissage de la pleine présence attentive et ouverte (PAO ou OMT). Une vision large et détendue est dite “panoramique” car elle permet de voir globalement, sans regarder quelque chose en particulier, tout ce qui se trouve dans le champ visuel tout ouvert, de droite à gauche et de haut en bas. Dans cette vision que l’on pourrait dire à 180 degrés, nous voyons de façon diffuse tout le panorama de ce qui est présent, c’est l’expérience de l’ouverture visuelle. Cette ouverture du regard favorise la vision nue. Avec la pratique, nous pouvons constater que cette vision ouverte, panoramique, apporte un certain apaisement, une certaine détente et nous apprenons à l’intégrer à notre vie quotidienne.

Voie médiane : (Tib. (Wylie) : dbu ma’i lam). Voir Madhyamaka et “éternalisme et nihilisme”

Y

Yâna : (Skt., Tib. (Wylie) : theg pa). L’ensemble des enseignements du Bouddha est décrit en quatre voies : le hînayâna, le mahâyâna, le vajrayâna et la voie de l’autolibération immédiate. Toutes ces voies conduisent à la même expérience d’éveil.

Yogâcâra cittamâtra : (Skt., Tib. (Wylie) : sems tsam pa). Les Cittamâtrin ou Vijñânavadin ou Yogacârin sont une école du Mahâyâna développée par Asanga (Tib. (Wylie) : thogs med) et son frère Vasubandhu (Tib. (Wylie) : dbyig gnyen) qui considère que toute expérience n’est que production de l’esprit, les objets comme le sujet. C’est l’école dont est issue l’enseignement sur les huit consciences.

Bibliographie

Les ouvrages permettant de continuer l’étude :

Les ouvrages permettant de continuer l’étude :

Références générales

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R. Hanson, Le cerveau de Bouddha : Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences, Les Arènes, Paris, 2011.

M. Ricard, W. Singer, Cerveau et méditation, Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences, Les Arènes, Paris 2011.

F. J. Varela, E. Thompson, E. Rosch, L’inscription corporelle de l’esprit – Sciences cognitives et expérience humaines, Points Essais, Paris, 2017.

F. J. Varela, F. Regnot, Quel savoir pour l’éthique ? La Découverte, Paris, 2004.

B. A. Wallace, Contemplatice Science : Where Buddhism and Neuroscience Converge, Columbia University Press, New York, 2006.

R. Wright, Le bouddhisme a raison et c’est scientifiquement prouvé, Flammarion, Paris, 2018.

Références sur la phénoménologie occidentale

M. Bitbol, Physique et philosophie de l’esprit, Flammarion, Paris, 2005.

P. Lestage, Francisco Varela : de la neurobiologie au spiritualisme ?, in Bulletin de psychologie 2007/HS (Numéro hors-série), pages 109 à 113. Consultable ici :

https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2007-HS-page-109.htm

M. Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible, Gallimard, Paris, 1979.

Collectif, Encyclopedia of Phenomenology, Spengler Science, Berlin, 1999.

Ouvrages sur le Dharma

Denys Rinpoché, Comprendre dans l’expérience, Rimay, Arvillard, 2009.

D. Jamyang Khyentsé, N’est pas bouddhiste qui veut, NiL, Paris, 2008.

Kalou Rinpoché, La Voie du Bouddha – Manuel d’études bouddhiste de la tradition tibétaine, Le Bois d’Orion, L’Isle-sur-la-Sorgue, 2018.

Consultable en ligne : https://wp.buddhawiki.net/

Lama Denys, La Voie du Bonheur, Actes Sud, Arles, 2002.

Références sur l’Abhidharma

“L’Aspiration à Dzogchen” – La puissante invocation de Samantabhadra “le tout bon”, K4 in Recueil des pratiques régulières, Rimay, 2015.

Gampopa, Le Joyau Magique (Le Précieux Ornement de la Libération), traduction Denys Rinpoché, Rimay, 2012.

Consultable en ligne : https://wp.buddhawiki.net/joyau-magique/

J. Kongtrül, The Treasury of Knowledge – Book Six, Parts One and Two – Indo-Tibetan Classical Learning and Buddhist Phénomenology, Snow Lion, New York, 2013.

C. Trungpa, Glimpses of Abhidharma, Shambhala Dragon, Boulder, 2001.

Références sur la psychologie bouddhiste

M. Epstein, Pensées sans penseur – La psychologie bouddhique de l’esprit, Albin Michel, paris, 2015.

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C. Trungpa, Mandala – Un chaos organisé, Points Sagesse, Paris, 2011.

Note :

Corrélat : Denys Rinpoché, Le Grand Livre de la Pleine Présence, Albin Michel, 2019, p. 182.↩︎